lunes, 7 de julio de 2014

Je suis Mémoire

"Quelle force dans la mémoire ! C'est un je ne sais quoi, digne d'inspirer un effroi sacré, ô mon Dieu, que sa profondeur, son infinie multiplicité ! Et cela c'est mon esprit; et cela, c'est moi-même ! Que suis-je donc, ô mon Dieu ? Quelle est mon essence ? Une vie variée, multiforme, d'une immensité prodigieuse.
Voyez, il y a dans ma mémoire des champs, des antres, des cavernes innombrables, peuplées à l'infini d'innombrables choses de toute espèce, qui y habitent, soit en images seulement, comme pour les corps; soit en elles-mêmes, comme pour les sciences; soit sous forme de je ne sais pas quelles notions ou notations, comme pour les affections de l'âme, que la mémoire retient, alors même que l'âme ne les éprouve plus, quoiqu'il n'y a rien dans la mémoire qui ne soit dans l'esprit.

À travers tout ce domaine, je cours de ci de là, je vole d'un côté puis de l'autre, je m'enfonce aussi loin que je peux : de limites nulle part ! Tant est grande la puissance de la mémoire, tant est grande la puissance de la vie chez l'homme ! " (Saint-Augustin, Conf. X.17)

L'homme, pour être heureux et surtout digne de sa condition, a besoin de cultiver son pays intérieur, en s'abreuvant à la fois de ce qui le précède et de ce qui le depasse. (Gilles Vigneault)

Quant on aime la vie, on aime le passé parce qu'il est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine. (Marguerite Yourcenar)

Il n'y a rien de plus original que d'assumer l'héritage qui nous habite de toute façon pour créer quelque chose de neug et d'inédit. (Maurice Bellet)

Fondamentalement, nous sommes comme un arbre qui vit par ses racines. Sans racines, pas de vie. Les racines ne font pas de bruit, ne se voient pas. Elles affleurent de temps en temps, mais ce sont elles qui font vivre l'arbre. (Marie-David Giraud)

Où est cette mémoire ?
"Un phéomène qui reste mysterieux en moi et chez les autres, est la faculté d'oublier les impressions d'une nuit de bombardement. À peine quelques minutes après, tout ce qu'on vient de penser est comme emporté par le vent.
Pour Luther, un coup de foudre suffisait à changer l'orientations de sa vie entière pour de longues années. Où est cette mémoire de nos jours ?
La perte de cette "mémoire morale" -quel mot atroce- n'est-elle pas la raison de la ruine de toutes nos attaches à autrui: amour, mariage, amitié et fidelité ? Rien ne tient, rien n'est fixe. Tout est à court terme et à brève portée. Mais les manifestations de la justice, de la vérité, de la beauté, bref toutes les grandes actions ont besoin de beaucoup de temps, de stabilité, de "mémoire" au risque de dégénerer. Celui qui n'a pas l'intention de répondre d'un passé et de façonner un avenir, n'a pas de mémoire et j'ignore comment on peut saisir un tel personnage, le rendre conscient et le forcer à vous faire face. Car chaque parole, si elle l'impressionne au moment même est vouée à l'oubli. (Dietrich Bonhoffer)

(Textes ramassés par Philippe de Gatineau)

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